Formation HSE : bilan 2021 et perspective 2022

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Frédéric COMBES

Consultant HSE
chez EazySAFE

Même s’il est vraiment trop tôt pour avoir un recul complet sur l’année 2021, la formation HSE semble avoir repris de façon normale, mais soyez rassurés : les accidents aussi ont repris, et parfois bien sûr par manque de formation HSE ! Le retour d’expérience des accidents survenus en 2020 montre clairement que la formation, ou plus exactement l’absence de formation adéquate, est l’une des causes profondes de nombre d’accidents industriels. Consulter la base accidentologique française ARIA1 permet de mieux mesurer son importance, notamment dans les plans d’action établis par les industriels, à la suite des accidents qu’ils ont subis. En voici quelques extraits pour illustrer ce constat et vous inciter à inclure/proposer des formations HSE dans votre plan de formation 2022. Ce qui est frappant, c’est que le besoin de formation revienne systématiquement, et ce quelque soit le domaine d’activité/situation professionnelle :

Extrait du rapport ARIA de l’accident n°56205 du 14/10/2020 à Sérent (56) dans un centre de recyclage de plastique industriel : « Le temps d’obtention de pièces de rechanges a largement été allongé par la crise sanitaire due à la Covid-19. Une formation sécurité incendie est mise en place pour sensibiliser à nouveau le personnel ».

Extrait du rapport ARIA de l’accident n°56118 du 28/09/2020 à Sainte-Sigolène (43) dans une usine de fabrication de pièces en plastique :
– “réalisation d’une analyse des boues prélevées après l’événement pour confirmer l’absence de polluant dans le rejet ;
– mise en place de paniers à granules (déjà prévue courant octobre) dans les évacuations d’eaux pluviales pour piéger les particules de plastique ;
– mise en place d’une consigne de fermeture de la vanne ;
– formation du personnel sur l’alerte en cas d’événement présentant un risque environnemental”.

Extrait du rapport ARIA de l’accident n°56279 du 17/09/2020 à Laneuveville-Devant-Nancy (54) dans une usine de fabrication de carbonate de calcium :
– “formation des opérateurs sur les risques de l’auto-combustion du charbon ;
– création d’une procédure pour s’assurer que les trémies des chaudières ne restent pas remplies sans renouvellement plus de 21 jours et qu’elles soient vidangées dans le cas contraire “.

Extrait du rapport ARIA de l’accident n°56098 du 29/06/2020 à Wingles (62) dans une usine de fabrication de matières plastiques :
– “entretien disciplinaire pour les personnes n’ayant pas respecté la procédure de consignation ;
– renforcement de la procédure de consignation/condamnation et notamment du processus d’évaluation des risques pour la consignation fluidique ;
– formation sur les instructions et isolation, avec une attention particulière sur l’isolation fluidique et la consignation électrique ;
– création des procédures de gestion des alarmes ».

¹ARIA : Analyse, Recherche et Information sur les Accidents ; cette base française a été créée en 1992 ; son accès est gratuit et recense à ce jour plus de 55 000 accidents industriels ; elle est physiquement implantée à Lyon

Nous pourrions continuer ainsi longtemps… L’histoire semble se répéter, mais les accidents continuent de coûter cher, faut-il le rappeler : les coûts indirects d’un accident sont estimés de 3 à 5 fois leurs coûts directs !

A la décharge des industriels, la réglementation est fort silencieuse sur le recyclage en matière de formations HSE pour une raison simple : il n’y a toujours pas de cadre légal pour leur recyclage. Il est juste précisé que ces formations doivent être effectuées régulièrement ! Ce qui veut dire ? Personne ne saura vous le dire à part bien sûr, vos indices de suivi comme le TF2 et le TG3 , ou d’autres propres à votre activité. A condition de les connaître…

Mais bon, il n’y a pas grand-chose de neuf dans tout cela. Pourtant, quelque chose a clairement bougé en France en 2020-2021 : la volonté politique de développer l’hydrogène. Et pourquoi ? Au-delà de son aspect écologique indéniable, il a un gros avantage par rapport à d’autres énergies dites renouvelables : lorsqu’il y a un excédent d’électricité, produite en France principalement par ses réacteurs nucléaires, on peut convertir cet excédent en hydrogène ; inversement, lorsqu’il y a un déficit d’électricité en France (ex : hiver, maintenance programmée de réacteurs, pannes), on peut alors reconvertir l’hydrogène en électricité. L’hydrogène est donc clairement porteur du rêve d’autonomie énergétique, ou en tout cas, de moindre dépendance à l’égard des énergies fossiles. Car produire de l’hydrogène au départ, nécessite quand même de l’électricité et des énergies fossiles.

Quoiqu’il en soit, l’hydrogène va devenir le petit nouveau dans le monde de la formation HSE. En effet, lors de la visite de Monsieur le Président Emmanuel Macron le 16 novembre dernier4 chez Genvia créée en mars 2021 à Béziers, produire de l’hydrogène « décarboné » à partir de l’eau dans des électrolyseurs à haute température est un « continent nouveau » selon ses termes. Il y a fort à parier que cela va entraîner un besoin de formation (ex : risques ATEX, électricité, maintenance…), car ces nouvelles machines sont des concentrés de brevets ! Et toute une filière industrielle est en train d’émerger en France, ou ailleurs en Europe et dans le monde…

Par exemple, on peut citer la formation mise en place par BUREAU VERITAS qui ouvre de vraies belles perspectives en France : https://www.bureauveritas.fr/magazine/h2-risk-safety-training-academy-lapremiere-formation-dediee-lhydrogene-enfrance utm_medium=email&utm_source=newsletter&utm_campaign=2021_novembre_dcm__none&utm_content=none

En conclusion, il faut rappeler qu’une politique d’HSE efficace garantit la protection des employés d’une entreprise. Elle réduit le risque d’accidents, ce qui influe directement sur l’efficacité et la productivité. Faire suivre des formations HSE à vos salariés, c’est donc vous faire gagner de l’argent. C’est bien sûr un raccourci, mais plus on attend, et plus les accidents coûteront cher à votre entreprise, si toutefois elle y survit.

Les enjeux sont à la fois économiques et sociaux, et une telle politique HSE empêche une dégradation des conditions de travail. Enfin, sur le plan de la communication, l’image renvoyée par votre entreprise engagée dans une démarche HSE est étonnamment positive et attractive !

²TF : taux de fréquence ; c’est un indicateur qui mesure le degré d’exposition des salariés au risque professionnel, en calculant le nombre d’accidents du travail ayant entraîné au moins un jour d’arrêt de travail par million d’heures travaillées
³TG : taux de gravité ; c’est le rapport entre le nombre de journées indemnisées x 1 000 / nombre d’heures travaillées ; pour rappel, le nombre d’heures travaillées est obtenu en multipliant l’effectif équivalent temps plein de l’entreprise X nombre d’heures de travail effectuées chaque année par une personne à temps plein

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