Le réalisme dans un monde de positivité toxique

ALAN WHITE

Consultant HSE
chez EazySAFE

La positivité toxique est l’idée selon laquelle nous devrions vivre notre vie en restant positifs et en nous concentrant uniquement sur ce qui est positif. Ceci revient à dire qu’il nous faut rejeter tout ce qui est négatif et réprimer toute émotion pénible que nous pourrions ressentir. La positivité toxique est devenue populaire pendant la pandémie de Covid-19.

« Restez positifs », « Cela aussi finira bien par passer » … ne sont que quelques-unes des phrases que nous avons entendues et utilisées de plus en plus au fil des mois. Je ne dis pas que nous ne devons pas rester positifs, être reconnaissants pour tout ce qu’il y a de bien dans notre vie et attendre impatiemment le moment où nous pourrons reprendre une vie normale. Ce sentiment d’espoir revêt une importance vitale pour nous aider à traverser les crises actuelles.

Cependant, si tout ce que nous entendons à longueur de journée est positif, cela fait naître en nous le besoin de réprimer les pensées et les émotions pénibles auxquelles nous sommes confrontés. Et le fait de refouler ces émotions aura des répercussions plus graves à long terme sur notre bien-être. L’optimisme coûte que coûte nous prive de l’opportunité de faire face à nos peurs et de mieux comprendre pourquoi les émotions négatives surviennent.

Si nous nous autorisons à gérer ces émotions et à reconnaître nos peurs, nous serons mieux à même de prendre des décisions plus pragmatiques dans notre vie personnelle et professionnelle, et nous en retirerons un certain sentiment de satisfaction. Le fait de surmonter une difficulté se traduit par une élévation du niveau de dopamine dans notre cerveau, ce qui contribue à accroître notre bien-être général.

Des répercussions sur notre vie personnelle et professionnelle

La positivité toxique peut non seulement nuire à notre propre bien-être, mais aussi avoir des répercussions négatives sur les relations qui comptent pour nous. Nous avons presque tous, à un moment ou un autre de notre vie, subi des traumatismes émotionnels. Dans ces situations, nos amis, les membres de notre famille et nos collègues font bloc autour de nous et font de leur mieux pour nous soutenir. Mais beaucoup d’entre nous ont à ce moment-là le sentiment d’être incompris face à un entourage excessivement positif. L’intention est bonne : en restant positifs avec la personne qui souffre, ses proches ont l’impression de l’aider à surmonter ce qu’elle endure.

Cependant, cette attitude ne permet pas de prendre en compte le problème ni ce que ressent réellement la personne qu’on essaye d’aider, et entraîne chez elle de la frustration, ainsi que le sentiment de ne pas être écoutée. Ceci peut nuire aux relations et faire naître du ressentiment, même si l’intention initiale était louable. C’est ce qui se produit aujourd’hui dans toutes les sphères de la société, et bon nombre d’entre nous sont frustrés et appréhendent de parler des problèmes qu’ils rencontrent.

À cela vient s’ajouter une autre difficulté, à savoir la manière dont nous travaillons actuellement. Que nous soyons encore en télétravail ou de retour au bureau, la dynamique a changé, et nous passons plus facilement à côté des indications subtiles que nous remarquions lorsque nous travaillions à proximité immédiate de nos collègues ou discutions avec nos amis et la famille. Le masque nous empêche de saisir les nombreux messages non verbaux que véhiculent nos expressions. Par ailleurs, le travail à distance nous prive du contact, essentiel, que nous avions chaque jour avec les autres, au point que certaines personnes peuvent se sentir seules et isolées. Beaucoup d’entre nous tentent de faire face à cela en faisant preuve de positivité dans les conversations.

 

Un réalisme positif

Entre le pessimiste et l’optimiste, il y a le réaliste, et aussi l’équilibre. Être trop pessimiste peut avoir des effets négatifs sur notre propre bien-être et nos relations. Si nous nous concentrons uniquement sur les choses, les situations et les circonstances négatives, nous nous privons de l’opportunité d’apprécier ce qu’il y a de bien dans notre vie. Être trop optimiste peut également avoir un impact négatif sur notre santé, à un degré moindre que le pessimisme cependant. Les personnes trop optimistes répriment les émotions négatives, ce qui cause chez elles un sentiment accru de stress, de culpabilité et d’anxiété.

Pour leur part, les personnes réalistes peuvent voir le négatif tout en reconnaissant également le positif autour d’elle. À mon avis, on ne naît pas pessimiste, optimiste ou réaliste. Nos expériences de vie et nos convictions profondes façonnent notre perception du monde et, à partir de là, nous développons un des trois penchants.

Il est facile de glisser vers le pessimisme, car nous sommes naturellement enclins à voir le côté négatif des choses avant leur côté positif. Ceci est lié à notre mécanisme interne de défense, qui vise à nous protéger en cas de danger et se tient constamment à l’affût des menaces et des choses négatives. Certains d’entre nous se tournent instinctivement vers l’optimisme, car ils n’aiment pas ressentir des émotions désagréables et ils les repoussent donc au moyen de la positivité. Quelle que soit notre disposition naturelle, nous pouvons apprendre à être plus réalistes en appliquant différents principes, tels que :

  • Être reconnaissants pour ce qu’il y a de bien dans notre vie
  • Aider les autres
  • Reconnaître les émotions pénibles et les gérer
  • S’assurer que notre vision des choses correspond bien à la réalité

En développant une perspective ou une approche cognitive équilibrée pour nos vies, nous améliorerons non seulement notre bien-être personnel, mais nous pourrons en outre être présents pour les personnes les plus importantes dans notre vie.

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