La crise sanitaire : de nouvelles opportunités sous contrainte ?

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Frédéric COMBES

Consultant HSE
chez EazySAFE

La situation sanitaire est tendue et les solutions généralistes simplistes doivent être évitées. En quoi la situation sanitaire est-elle tendue ? L’analyse de la pandémie montre qu’il existe une possibilité pour que la situation s’envenime, voire échappe à un quelconque contrôle.

Pour le percevoir, nous pouvons supposer que tout le monde en France soit vacciné, et même à partir de 12 ans. Dans ce cas, la pandémie pourrait être contenue dès lors que les frontières sont fermées ou sécurisées à 100 %, car il n’y aurait plus d’entrée virale sur le territoire français. Encore faudrait-il que le virus SARS-CoV-2 ne mute plus, car, eh bien là, personne ne sait vraiment ! Osons malgré tout poser cette hypothèse… Il reste alors encore un problème : la pandémie pourrait être contenue dès lors qu’un autre virus ne prenne pas la place du SARS-CoV-2. Pour rappel, la France métropolitaine est dominée fin juillet par le variant delta ; le variant alpha est prédominant dans les Antilles, le variant gamma en Guyane, et le variant béta à La Réunion. De fait, la fin de cette pandémie-ci est juste imprévisible à ce stade : les plus optimistes parlent de 2022, 2023 et les moins optimistes parlent déjà de 2024, sans mentionner certains experts qui osent avancer qu’il n’y aura pas de fin « rapidement » au vu du nombre élevé de virus, rien que dans la famille des coronavirus (déjà 500 types isolés)…

On a à l’inverse, également le droit d’être optimiste quand même. Et si la couverture vaccinale nous permet l’immunité collective, quels seront les impacts et nos nouvelles habitudes ? Car la pandémie a montré aux entreprises le gain financier conséquent à laisser certains personnels en télétravail ! Et ça, c’est une vraie opportunité pour réduire leurs coûts de fonctionnement. De plus, la réduction drastique des déplacements professionnels a aussi réduit les coûts des entreprises. Pour celles ayant des bureaux attribués nominativement à des salariés, la question de garder ces surfaces inoccupées se pose : ne faudrait-il pas garder des surfaces juste pour des salariés de « passage » et transformer ces salariés en « nomades » ? De surcroit, les outils informatiques de visioconférence, souvent dénigrés auparavant, sont devenus la règle et on échange par Zoom, Teams, Google Meet, Skype, C3X et autres merveilles technologiques. Bon bien sûr, il faut avoir un bon réseau Internet : en deux mots, la fibre.

Autre impact : celui de quitter son appartement de 30-40 m2 pour retrouver un peu d’espace à vivre dans une ville moins grande, tout en gardant son emploi actuel. C’est une vraie opportunité pour certains salariés. Offrir à son foyer familial de l’espace et de la verdure pour que chacun s’épanouisse à sa manière et à son propre rythme est une nouvelle vision alléchante. Ainsi les entreprises autorisant le télétravail avec un domicile éloigné du lieu supposé de travail pourraient devenir gagnantes sur le moyen / long terme pour recruter et fidéliser leur personnel.

A une contrainte près : il faut que les profils psychologiques des personnels supportent de vivre longtemps chez eux, même si c’est très beau. Car quand on a découvert le plaisir des déplacements, c’est sûr, leur absence peut devenir une « torture » pour certains profils. A l’inverse, certains profils peuvent développer un repli sur soi, pouvant aller jusqu’à une cassure sociale. Donc à voir…

Mais au quotidien, que vous réclame votre Comité Social et Economique (CSE) ? Et sa Commission Santé, Sécurité et Conditions de Travail (CSSCT) ? En effet, loin des débats médiatiques, les membres de votre CSE/CSSCT vous réclament un cadre clair pour continuer à exercer au sein de l’entreprise. Comment rassurer vos collaborateurs ? Peut-être en édictant des règles claires au fil des évolutions des contraintes étatiques et préfectorales, mais aussi en disant ce que l’on ne sait pas, ou ce sur quoi on réfléchit.

Les puristes voudront tenir à jour le Document Unique d’évaluation des Risques Professionnels (DUeRP), mais au-delà du code du travail, et de son obligation de garantir la santé et la sécurité de son personnel, il faut essayer de maintenir un esprit d’équipe et une dynamique dans l’entreprise. Souvent les collaborateurs demandent juste un plan d’action pour y voir clair. La pandémie génère de la confusion psychique pour qui n’est pas rodé aux aspects scientifiques d’un problème complexe. Et donc, plus vous serez concrets en prévention, loin des grands discours sur les variants, plus le personnel se sentira en sécurité dans l’entreprise, et ce mieux qu’à l’extérieur de l’entreprise ! Mais si vous commettez une erreur, surtout reconnaissez-la simplement. La culture de la dissimulation qui semblerait appliquée dans certaines grandes entreprises est une bombe à retardement : vous risquez de saper le moral de vos collaborateurs, même les plus motivés. Soyez pragmatiques et humains. Les salariés vous en seront reconnaissants, car tout le monde est en souffrance, télétravailleur ou pas.

Au-delà du risque sanitaire, il y a un vrai risque psychologique. Combien de temps vos salariés vont-ils tenir dans cette ambiance anxiogène à laquelle peu de monde a été préparé ? Autant les rassurer, leur donner un cadre clair, écouter leurs questions et trouver des réponses avec le CSE/CSSCT. On peut proposer d’étudier d’autres protocoles sanitaires comme ceux édités par le Ministère du Travail ou des branches professionnelles différentes de la sienne. Tout le monde naviguant à vue, le partage des idées est peut-être la priorité. Autre recommandation : soyez modestes ! Le nombre de choses « vraies » qui deviennent moins « vraies », puis fausses, comme souvenez-vous, ne pas porter le masque, jugé un temps inutile… Tout le monde avance, mais gardez bien en tête le cadre réglementaire des neuf Principes Généraux de Prévention selon l’article L.4121-2 du code du travail :

  • « 1° Eviter les risques ;
  • 2° Evaluer les risques qui ne peuvent pas être évités ;
  • 3° Combattre les risques à la source ;
  • 4° Adapter le travail à l’homme, en particulier en ce qui concerne la conception des postes de travail ainsi que le choix des équipements de travail et des méthodes de travail et de production, en vue notamment de limiter le travail monotone et le travail cadencé et de réduire les effets de ceux-ci sur la santé ;
  • 5° Tenir compte de l’état d’évolution de la technique ;
  • 6° Remplacer ce qui est dangereux par ce qui n’est pas dangereux ou par ce qui est moins dangereux ;
  • 7° Planifier la prévention en y intégrant, dans un ensemble cohérent, la technique, l’organisation du travail, les conditions de travail, les relations sociales et l’influence des facteurs ambiants, notamment les risques liés au harcèlement moral, tel qu’il est défini à l’article L. 1152-1 ;
  • 8° Prendre des mesures de protection collective en leur donnant la priorité sur les mesures de protection individuelle ;
  • 9° Donner les instructions appropriées aux travailleurs ».

La situation est tendue, mais attention aux sirènes avec leurs solutions généralistes simplistes. De nombreux guides existent, mais ne vous faut-il pas du « cousu main » adapté à votre situation que seul vous connaissez parfaitement ? Et aussi, savoir revoir ses règles dès que nécessaire, car c’est simplement vous l’expert dans votre profession, pour vous adapter toujours et encore !

Enfin, gardons raison et prudence, car comme l’indiquait récemment Jean-François Delfraissy, le Président du Conseil Scientifique Covid-19, « on aura en face de nous le reste du monde qui sera très peu vacciné. Et c’est l’enjeu majeur des deux prochaines années : comment va-t-on coexister avec deux mondes, celui qui est vacciné et celui qui ne l’est pas ? ». Et pour les affaires, il va bien falloir être malin et innovant pour naviguer entre ces deux mondes !…

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